| Sujet : Re: [Sants_Santas_del_mond] 25 juin : les saint(e)s du jour |
| De : Pierre-Yves Quémener |
| Date : 25/06/2019 à 08:34 |
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Sainte Thècle doit sa fortune à un autre texte apocryphe du 2e siècle : les Actes de Paul dont la première partie nous conte la rencontre entre la jeune femme et l’apôtre Paul à Iconium (Asie Mineure), sa conversion et comment elle préféra subir le martyr plutôt que de perdre sa virginité. Sa foi inébranlable et son courage lui valurent d’échapper miraculeusement aux flammes du bûcher et aux bêtes féroces de l’arène.[1] Elle bénéficia alors d’une grande notoriété, à tel point que pour Salomon Reinach, « pendant les dix premiers siècles de l’Eglise, peu de saintes ont été aussi célèbres que Thékla ».[2] Les Pères de l’Eglise – Grégoire de Nysse, Augustin d’Hippone, Ambroise de Milan, Grégoire de Naziance et autres – ne tarissaient pas d’éloges envers celle qu’ils considéraient comme l’égale des apôtres, la première des martyres, le modèle le plus sublime de la sainteté.[3] Son nom même finit par être utilisé pour désigner les femmes dont on voulait souligner la grande vertu.[4] La présence incontournable de sainte Thècle dans les litanies anciennes nous atteste que sa notoriété était encore très forte en Occident au 10e siècle. Au Moyen Age, plusieurs sanctuaires européens prétendaient détenir quelques unes de ses reliques : la cathédrale de Sainte-Thècle de Tarragone (Espagne) possédait l’un de ses bras, l’autre aurait été transporté à Prague ;[5]à Chamalières en Auvergne, l’église collégiale honorait son culte depuis le 10e siècle au moins[6] et l’on prétend que ses reliques y étaient conservées depuis le 7e siècle.[7] En France, son culte est surtout présent dans le sud du pays (Provence, Gévaudan, Quercy) mais il est également attesté en Bourgogne (La Chapelle-Thècle), en Beauce (Chartres),[8] en Normandie (Vernon) et en Bretagne (Ploubezre en Trégor) sans que l’on sache avec certitude s’il s’agit bien de la même Thècle ou s’il ne s’agit pas d’une attribution tardive. Le fait est que l’identité de la sainte semble bien avoir été quelquefois usurpée au profit d’autres saintes plus anonymes. C’est notamment ce qui s’est passé avec sainte Thècle de Valloire à qui l’on attribue l’introduction à Saint-Jean-de-Maurienne d’un pouce de Jean-Baptiste. La légende se fonde sur un texte de Grégoire de Tours (6e siècle) qui racontait le voyage en Terre Sainte d’une « femme venue de la ville de Maurienne » afin d’y récupérer si possible quelques reliques du Précurseur.[9] Dans la plupart des textes postérieurs, cette femme reçoit le nom de sainte Tigre (Tigris) mais, dans la seconde moitié du 13e siècle, Albert, abbé de Sainte-Marie de Stade, lui substitue le nom de Thècle. Il semblerait que cette confusion soit imputable en partie à Pierre le Mangeur (vers 1100 – 1179), auteur d’une Histoire scolastique, ainsi qu’à Jean Beleth, théologien français mort vers 1185, auteur d’une Summa de ecclesiasticis officiis, qui aurait déclaré qu’un doigt de Jean-Baptiste avait été apporté par sainte Thècle en Normandie. Jacques de Voragine se fait l’écho des deux versions dans la Légende dorée à la toute fin du 13e siècle mais ignore complètement la sainte Thècle des Actes de Paul :
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« Ce doigt fut trouvé par les moines précités, et, dans la suite, sainte Thècle, comme on le rapporte dans l’Histoire Scolastique, le porta dans les Alpes et le plaça dans l’église de saint Maxime. C’est ce qu’atteste aussi Jean Beleth, que sainte Thècle, dont nous venons de parler, apporta d’outre-mer en Normandie le doigt précité, qui ne put être brûlé, et y construisit une église en l’honneur de saint Jean. »[10]
Il est possible que ce désintérêt surprenant du dominicain soit lié à l’un des aspects de la personnalité de la martyre d’Iconium, chargée par l’apôtre Paul d’annoncer l’évangile : « Allez donc, prêchez hardiment la parole de Dieu, annoncez l’évangile aux hommes et partagez avec moi la gloire de l’Apostolat ».[11] Il se pourrait bien en effet que les Frères prêcheurs aient éprouvé quelques réticences à faire la publicité d’une femme enseignante à une époque où ils s’efforçaient par tous les moyens d’éradiquer le catharisme, coupable notamment d’accorder aux femmes ces missions d’enseignement et de prédication.[12] Sainte Thècle connaîtra ainsi sa « traversée du désert » pendant plusieurs siècles avant que les institutions ecclésiastiques la remettent à l’honneur pendant la Réforme catholique du 17e siècle.[13]
Albert Le Grand va donner un nouveau souffle à la légende en 1637 en racontant l’histoire de la Translation du doigt de saint Jean-Baptiste : « Une jeune vierge, nommée Tècle, native de la province de Normandie, l’emporta [le doigt de Jean-Baptiste] en son pays où on édifia une église de saint Jean, et le doigt y fut mis ».[14] Thècle est désormais devenue une vierge normande et on mesure ici tout le chemin parcouru entre le texte primitif de Grégoire de Tours et son traitement final par l’hagiographe breton pour tenter d’expliquer tant bien que mal la présence d’un doigt de Jean-Baptiste dans la petite localité trégorroise de Saint-Jean-du-Doigt !
[1] Voir L. Vouaux, Les Actes de Paul et ses lettres apocryphes, 1913 ; Basile de Seleucie, La vie de sainte Thècle, édition La Chétardie, 1668.
[2] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, tome 4, 1912, p. 229
[3] La Chétardie dans Basile de Seleucie, La vie de sainte Thècle, 1668, p. 173-199
[4] François Giry, Les vies des saints, tome 2, édition de 1719, col. 1145
[5] Adrien Baillet, Les vies des saints, tome 6, édition de 1739, p. 317
[6] Un autel de « S. Tecle » est mentionné dans un acte du 10e siècle. Cf. Jacques Baudouin, Grand livre des saints, Culte et iconographie en Occident, 2006, p. 453
[7] Voir Jacques Baudouin, op. cit. , p. 454 ; La Chétardie, op. cit., p. 200 ; Adrien Baillet, op. cit., p. 317
[8] Une partie de ses reliques y était conservée dans un coffret d’ivoire au décor datant de l’époque romane, peut-être du 11e siècle. Voir l’étude très documentée de Claudine Lautier, « Les vitraux de la cathédrale de Chartres, Reliques et images », Bulletin Monumental, tome 161/1, 2003, p. 23-24 et p. 42.
[9] Grégoire de Tours, Les livres des miracles, tome 1, édition 1857, p. 44-49 et notes p. 399-401
[10] Cité par Charles Barthélemy dans Guillaume Durand, Rational ou Manuel des divins offices, tome 5, 1854, p. 288. Cf. Alain Boureau (dir.) dans Jacques de Voragine, La Légende dorée, édition La Pléiade, Gallimard, 2004, p. 716 et notes p. 1364. La Légende dorée a été composée par Jacques de Voragine (vers 1228 – 1298) de 1260 à 1298. La citation est extraite de la notice sur la décollation de Jean-Baptiste. En fait, le texte actuel de Jean Beleth parle de Mauritanie et non de Normandie : « Non desunt qui putant B. Theclam digitum S. Joannis, qui comburi non potirit ex oris transmarinis detulisse in Mauritaniam » (chap. 147d). Guillaume Durand (vers 1230 – 1296) reprend textuellement ce passage dans son Rational, à ceci près qu’il ne s’agit pas de la Mauritanie mais de la Maurienne : « D’autres disent que la bienheureuse Thècle apporta d’outre-mer, dans la Maurienne, le doigt du bienheureux Jean qui n’avait pu être brûlé » (Livre 7, chap. 26, édition de 1286, p. 83-84 de la traduction de Charles Barthélemy). Cette version s’accorde bien avec le texte initial de Grégoire de Tours. Il semblerait que Jacques de Voragine avait le texte fautif de Jean Beleth à sa disposition et qu’il ait alors substitué la Normandie à la Mauritanie, peut-être à partir d’un rapprochement avec la ville de Mortain, près d’Avranches, dont le nom latin était Moritanio.
[11] Basile de Seleucie, La vie de sainte Thècle, p. 120
[12] En 1207, Esclarmande de Foix participa au dernier débat contradictoire entre les tenants de l’église cathare et l’église catholique romaine, représentée pour l’occasion par Dominique de Guzman.
[13] En 1668, le commentateur de la Vie de sainte Thècle faisait remarquer que « la dévotion envers cette sainte s’étant réchauffée en ces derniers temps, il y a des communautés entières qui l’ont prise pour leur patronne » (p. 224). Le culte de la sainte ne s’est toutefois jamais éteint : elle figure par exemple au 23 septembre en Ile-de-France à la fois dans le calendrier du Livre d’Heures Friedel (première moitié du 15e siècle) et dans le Bréviaire de Philippe le Bon à l’usage de Paris. Cf. Paul Perdrizet, Le calendrier parisien à la fin du Moyen Age, 1933, p. 216, 225.
[14] Albert Le Grand, La vie des saints de la Bretagne Armorique, 1637, édition 1837, p. 446. Miorcec de Kerdanet suppose que le doigt du Précurseur était précédemment conservé dans l’église de Saint-Jean-de-Daye, près de Saint-Lo, mais cette église normande n’a jamais prétendu avoir détenu cette relique. Parmi ses sources, le Père Albert citait un poème composé par un prêtre de Plougasnou, Guillaume Le Roux, et publié en 1605, qui se serait inspiré d’un ancien manuscrit de Saint-Jean-Traon-Meriadec, démarcage évident de la Légende dorée : « Tam preciosum et honore dignum quaedam puella, nomine Thecla, de Neustriae partibus, in patriam transtulit, ibique construere B. Johanni Baptistae ecclesiam fecit ». Tout ceci résulte probablement d’une extrapolation d’Albert Le Grand et de ses sources à partir du texte de la Légende dorée, lui-même fondé sur une lecture fautive du texte de Jean Beleth.
Bonjour,Parmi les nombreux saints et saintes du jour (25 juin):Saint Salomon (ou Salaün) roi de Bretagne, tué en 874Saint Prosper d'Aquitaine, théologien laïc et marié: il correspondait en vers avec son épouse (+ vers 460)Sainte Eléonore de Provence reine d'Angleterre, épouse du roi Henri III, moniale bénédictine durant son veuvage (+ 1291). C'était l'une des 4 filles du comte de Provence Raymond-Berenger V (+1245) qui furent toutes les 4 reines : de France, d'Angleterre, de Germanie et de Sicile.Sainte Fébronie, martyre en Syrie, prénom assez porté en Rouergue au XIXe siècleSainte Thècle, ermite en Maurienne où elle ramena les reliques de Saint Jean Baptiste fêté hier 24 juinSaint Sosipatros, compagnon de Saint Paul. Il aurait évangélisé Corfou. Il est cité dans la lettre de Saint Paul aux Romains.Cordialement,Jean-Louis