| Sujet : RE: [Sants_Santas_del_mond] Re: RE: Re: Saint Libéral |
| De : Pierre-Yves Quémener |
| Date : 22/06/2019 à 07:03 |
| Pour : |
Bonjour Jean-Louis, bonjour à tous,
Merci également de vos précisions.
La diffusion du nom François est particulière. Il s’agissait d’un nom ethnique en Italie mais en France il était rarissime au 13e siècle. Il se développera rapidement en Italie à cette époque et on peut penser que les Franciscains y sont pour quelque chose. Il y a une étude de La Roncière sur ce sujet. En France, il faudra attendre le 15e siècle pour que le nom commence à se développer et il se diffuse au départ dans la noblesse (quelques porteurs à la fin du 14e siècle). Il se diffuse ensuite par parrainage dans toute la population.  On peut le classer tout de suite dans les noms religieux car la référence aux Franciscains cordeliers est manifeste, en Bretagne tout au moins.
Les pratiques nominatives et les registres onomastiques étaient différents en France du nord, dans le Midi et en Italie. Dans ce pays, il semble qu’il existait des stocks onomastiques familiaux au bas Moyen Age, ce qui n’était pas le cas en France du nord à la même époque (sauf dans la haute aristocratie) où le système anthroponymique était fondé sur la transmission du nom du parrain aux filleuls. Vu que les parrains étaient choisis en dehors du milieu familial, il ne pouvait pas se constituer de stock familial. Les quelques études que j’ai pu faire sur ce sujet dans le Midi me laissent penser que le recours au parrainage intrafamilial y était plus développé et plus précoce en Auvergne.
Les ordres mendiants ont peut-être eu une influence en France sur le choix des noms au 15e siècle. C’est possible pour le nom François. A priori nul pour les autres noms : Dominique, Claire, Bonaventure ou autres.
En ce qui concerne le tabou sur le nom des puissants, j’ai bien précisé qu’il pouvait en avoir lorsqu’il s’agissait de noms peu fréquents et que cela ne concernait que leur zone d’influence. Le nom de Guy pouvait être relativement fréquent au bas Moyen Age en France septentrionale mais dans les terres des seigneurs de Laval (qui portaient tous le nom de Guy) il est quasiment inexistant. Qu’en est-il dans le Midi, si l’on excepte les noms comme Raymond ou Guillaume ? Connaissez-vous des situations où l’on a une famille qui s’est choisie un nom de lignée peu courant et où l’on connait les noms les plus portés dans le secteur ?
En ce qui concerne le nom Etienne, ou d’autres noms portés par certains puissants, est-ce que le nom a connu un succès populaire parce qu’il était porté par des puissants ou au contraire était-il porté par ces puissants parce qu’il était populaire ? Il faut regarder quelle était la diffusion du nom dans la région avant qu’il ait été choisi comme nom de lignée. Ensuite, il est vraisemblable que la connotation du nom se soit bonifiée s’il était porté par une famille de grand lignage. La question qui reste posée : pour quelle raison irait-on donner à son enfant le nom d’un puissant ? Pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé dans mes sources de témoignage qui irait dans ce sens. Une famille prestigieuse apporte du prestige au nom de lignée qu’elle s’est choisie mais en même temps ce nom devient un marqueur social spécifique tant que les seigneurs du lieu le portent. Ce système s’écroule au 15e siècle.
Bien cordialement,
Pierre Yves
De : Sants_Santas_del_mond@yahoogroupes.fr [mailto:Sants_Santas_del_mond@yahoogroupes.fr]
Envoyé : vendredi 21 juin 2019 17:17
À : Sants_Santas_del_mond@yahoogroupes.fr
Objet : [Sants_Santas_del_mond] Re: RE: Re: Saint Libéral
>Concernant les idées que vous avancez.
>L'expansion démographique ne peut rendre compte des évolutions car il y a eu en réalité délaissement >progressif du répertoire ethnique au profit du répertoire religieux. L'adoption des noms d'apôtres s'est produite >massivement au 13e siècle puis a continué à se développer ensuite. Au 15e siècle, ce sont les noms de >martyrs et confesseurs qui se sont développés. On observe en outre au 13e siècle une concentration >importante sur quelques noms vedettes (noms ethniques et noms religieux).
>En matière de nomination, l'Eglise catholique n'est pas véritablement intervenue avec le 16e siècle; elle s'y >intéressa à la suite du conflit avec les réformateurs calvinistes.Je pense qu'il existait en fait jusqu'au 13e >siècle un tabou sur les noms de saints. L'évolution n'est pas la même en France septentrionale et dans le >Midi où les noms d'apôtres ont été adoptés très tôt.
Re-Bonjour,
Un très très grand merci Pierre-Yves pour votre éclairage sur cette problématique et les informations données. Mes 3 idées n'étaient que des suggestions spontanées soumises à votre expertise éclairée.
Quelques remarques de détail :
- le prénom François qui était à l'origine un ethnique est devenu ensuite un nom religieux suite à la popularité de Saint François d'Assise. Dans quelle catégorie le classer au XIVe et XVe siècles ?
- le rôle de l' Eglise catholique en tant qu'institution et du clergé séculier n'est qu'un des aspects à mon avis intervenant dans le choix de prénoms religieux. Outre les dévotions populaires, les ordres religieux ont à mon avis joué aussi un certain rôle dans l'attribution de certains prénoms religieux en particulier dans la noblesse et ensuite par diffusion dans tous les milieux sociaux.
- le tabou sur le nom des puissants locaux que vous avez observé en Bretagne ne me semble pas avoir existé en Occitanie où il me semble au contraire que ce type de prénoms a constitué une source importante de prénomination.
- la motivation du choix d'un prénom comme Etienne nom de martyr n'était plus nécessairement toujours religieuse dans les régions comme la Franche-Comté où ce prénom était souvent porté par des puissants féodaux locaux
Bien cordialement,
Jean-Louis